Le fichier Zandvoort, l’affaire oubliée

Posted by: Cosmic Power    Tags:  , , ,     Posted date:  mai 28, 2011  |  No comment


mai 28, 2011


Viols, tortures d’enfants, mises à mort, l’affaire des CD ROM de Zandvoort met à jour un vaste réseau pédocriminel de dimension internationale. Pourtant ce dossier a été étouffé et aujourd’hui, plus de dix ans après les faits, celui qui l’a révélé meurt en prison. Pourquoi est-il en prison ? Est-ce un héros ou un salop ? Que cache cette affaire ? Enquête.

L’affaire Zandvoort prend toute son ampleur à travers le destin d’un homme, Marcel Vervloesem. Mais alors qui est cet Homme? Marcel Vervloesem est un citoyen Belge, ancien enquêteur privé. En 1988, il décide de créer, avec quelques amis de sa commune Morkhoven près d’Anvers, l’association sans but lucratif de droit belge Werkgroep Morkhoven Nationaal. Dans un premier temps, cette association lutte contre les violences infligées aux enfants de l’hôpital psychiatrique d’Anvers. Dans ce cadre, Marcel Vervloesem s’intéresse déjà aux enfants fugueurs et disparus. Son attention se porte alors sur une autre association située près d’Anvers et dédiée, officiellement à l’encadrement des mineurs, l’ASBL Ganumèdes. C’est en fait une association paravent qui permet à des pédophiles d’attirer très facilement de nombreux enfants vers eux pour les exploiter ensuite dans des tournages pédo-pornographiques. Alertée dès 1990 par l’association Morkhoven, la justice belge réfutera dans un premier temps ces accusations avant de mettre fin définitivement en 1996 aux activités de l’association suite à une saisie d’ un huissier de justice au domicile du président de cette association. Cette saisie permettra de découvrir fortuitement les preuves vidéos et photos. Marcel Vervloesem est avant tout un trublion, un provocateur. Ce n’est pas un policier, ni un journaliste, il a une personnalité atypique. Avec un incroyable culot, il n’hésite pas à interpeller les pédocriminels qu’il a traqués parfois pendant des mois. Il les file, les photographie, ne les lâche jamais. On peut comprendre qu’il soit devenu très vite géant. D’autant qu’à chaque fois, il apporte des preuves. Et révèle une réalité effrayante, celle des réseaux pédocriminels.

Sur la piste de la disparition d’un jeune Allemand, Manuel Schadwald, il remonte la filière d’un réseau pédocirminel jusqu’à l’appartement d’un Allemand, Guerrit Ullrich. Celui-ci assure depuis son appartement à Zandvoort (une station balnéaire de la côte Néerlandaise) la diffusion commerciale de matériel pédophile au travers de son site internet « Apollo ». C’est un gros poisson, un membre actif du réseau. Le 11 juin 1998, en faisant pression sur lui, Vervloesem obtient qu’il lui remette un premier CD ROM de 8500 photos pédocriminelles allant jusqu’à des viols de bébés des mises à mort d’enfants. Gerrit Ulrich décide alors de prendre la fuite mais il est assassiné en Italie le 29 juin 1998. Avant sa mort, il aura eu le temps de contacter par téléphone Vervloesem pour lui indiquer une cache de son appartement qui dissimule d’autres documents. Sur les lieux, Marcel Vervloesem récupère discrètement 20 autres CD et découvre que des agents des services de renseignement hollandais l’ont précédé. L’association Morkhoven a désormais en sa possession plus de 100 000 photos. La justice hollandaise qui a récupéré de son côté entre 100 000 et 200 000 autres photos, identifiera plus tard 472 visages dont une vingtaine de victimes françaises. Fin juin 1998, Marcel Vervloesem détient donc 21 CD ROM pédocriminels. Consciencieusement, il effectue dans un premier temps des copies du matériel. Dans un second temps, il informe la justice mais, méfiant, lui demande des garanties. Les médias commencent à s’intéresser à cette histoire et le 14 juillet 1998, la chaîne hollandaise Nova diffuse même un reportage autour du réseau « Apollo »et des récentes découvertes de l’association Morkhoven. Pourtant à la suite de ce documentaire, Marcel Vervloesem sera immédiatement arrêté et mis en garde à vue par les autorités belges et inculpé pour détentions de matériel pédopornographique. Le 22 juillet 1998, à la sortie de sa garde à vue, il annonce qu’il est prêt à faire toute confiance à la justice belge pour démanteler le réseau et il remet les CD ROM aux autorités belges et hollandaises devant les caméras de télévision. Cependant aucune suite judiciaire n’est donnée au dossier Zandvoort en Belgique. Mais la justice Belge va plutôt se pencher sur le cas de Monsieur Vervloesem.

Au lendemain d’un reportage sur cette sombre histoire diffusé sur la RTBF (chaine belge), le 10 septembre 1998, des plaintes sont déposées contre Marcel Vervloesem pour attouchements et viols sur mineurs dont certaines par des habitants de Morkhoven ainsi que par le propre demi-frère de Marcel Vervloesem. L’enquêteur est désormais poursuivi pour pédophilie. À noter, Marcel Vervloesem sera également poursuivi pour diffusion de matériel pédopornographique et violation de la vie privée suite à la réalisation d’affiches destinées à alerter la population belge. À partir du printemps 2004, puis en 2006 et enfin en 2008, Marcel Vervloesem va comparaître pour possession et diffusion de matériels pédophiles, escroquerie et viols. Le juge désignera comme expert psychiatre le professeur Cosyns mis en cause dans la première affaire traitée par l’association Morkhoven à l’hopital psychiatrique « Good Engels » d’Anvers. Le 24 juin 2008, il est condamné à 4 ans de prison pour deux viols sur enfants (et innocenté de dix autres viols). Il est incarcéré définitivement le 5 septembre 2008 avec l’interdiction de communiquer avec les médias. Marcel Vervloesem a survécu jusqu’à présent malgré de nombreuses interdictions d’hospitalisation. Il est, entre autres difficultés de santé, insulino-dépendant, déficient rénal et doit lutter contre un cancer métastasé. « Aujourd’hui Marcel Vervloesem est très malade et croupit en prison. Il a subi cinq opérations, menotté sur son lit. Il est en train de mourir. » S’indigne Jan Boyekens, président de Werkgroep Morkhoven.

« On peut émettre le plus grand doute sur la culpabilité de Marcel Vervloesem. A partir du moment où il a sortie l’affaire de Zandvoort, il y a eu brusquement des accusations de viols contre lui et de façons successives, afin de le faire mettre en prison. Plusieurs fois on a essayé, mais les accusations n’ont pas tenues. Mais surtout j’ai en ma possession une lettre officielle, validé par un Bourgmestre (Premier magistrat d’une ville Belge), ou l’une des présumées victimes reconnait que les accusations ne sont pas fondées et qu’il a été payé pour accuser Marcel Vervloesem de viol. Ce document donne les chiffres et les noms des personnes qui l’ont soudoyé. Des personnes qui ont plus ou moins un rapport avec la police Belge ». vitupéré Serge Garde. Au total, dix plaintes de viols contre Marcel Vervloesem ont été retirées, toutes invoquant les mêmes procédés.

Serge Garde, journaliste à l’humanité, connait bien cette affaire et a rencontré à de nombreuses reprises Marcel Vervloesem. A l’époque de l’affaire Zandvoort, en 1998, il enquête avec sa consoeur du Figaro, Laurence Beneux sur ceux qu’on appelait en Belgique les « témoins X ». C’est-à-dire des témoins qui apportaient des éléments sur l’existence de réseaux de prostitution d’enfants impliquant des personnalités belges dans le cadre de l’affaire Dutroux. Un de ses contacts le met en contact avec l’association de Vervloesem qui lui transmet une copie du CD. Le 24 février 2000, Serge Garde publie un dossier de trois pages dans le quotidien L’Humanité. Il y révèle l’existence d’un CD-Rom informatique contenant 8.500 documents de pédocriminalité. On y voit des scènes de viols d’enfants, et même des viols de nourrissons. Quelque mois plus tard Laurence Beneux publie un article dans le Figaro et participe à un reportage sur Canal+ .Logiquement, la Justice et la police prennent le relais, avertis par les révélations des journalistes qui montrent sans conteste qu’il existe en Europe des véritables réseaux pédocriminels. C’est en tout cas ce que semble indiqué l’intervention de la Ministre de la Justice de l’époque, Elizabeth Guigou, lors d’une intervention remarquée dans un journal télévisé de France 3 le 12 avril 2000. Tout en précisant que la Justice ne dispose pas du dossier Zandvoort. Elle demande donc à Serge Garde de lui remettre le Cd-rom. Le lendemain, le journaliste le remet au procureur général auprès de la Cour d’appel de Paris, Alexandre Benmaklouf. Mais ce qu’ignorait Serge Garde, c’est que le fichier en question, la justice française le disposé déjà depuis plus d’un an. Le document ci-joint le prouve. Le 9 avril 1999, Jacques Chirac, par l’intermédiaire de son conseiller technique Jean-Claude Antonetti répond à Jan Boeykens, de l’ONG Morkhoven, affirmant qu’il a bien transmis le dossier Zandvoort à la Garde des Sceaux, Madame Guigou. Interrogé sur ce document, l’ancienne Garde des Sceaux n’a pas souhaité répondre aux questions affirmant que « la justice avait fait son travail ».

Car finalement après l’ouverture de l’enquête en France, la Justice rend un non-lieu en 2002 puis un classement sans suite le 20 mars 2003 par la juge Danielle Ringot. « Les raisons invoquées sont à la limite du ridicule » clame Laurence Beneux. La justice a en effet justifié sa décision en avançant le fait que les parents qui ont reconnu leur enfant s’étaient trompés. Que les photos n’étaient pas identifiables sous prétexte que les oreilles n’étaient pas visibles. Mais si la Justice affirme qu’aucune identification n’est possible, Serge Garde, Laurence Beneux et les associations parviennent à identifier 42 enfants. « En conduisant l’enquête, nous avons été littéralement assaillis par les demandes des parents qui éprouvaient des inquiétudes très vives concernant des enfants qui ont disparu ou qui déclarent avoir été abusés devant des caméras ou les objectifs d’appareils photos » déclare Serge Garde. «Un jour, une maman, habitant la région parisienne a dit « c’est mon fils ». Puis il y en a eu une deuxième. Ce deuxième enfant a été reconnu par sa mère, par deux pédopsychiatres qui l’ont eu comme patient ainsi que par une travailleuse sociale. Nous avons reçu la visite de dizaines et de dizaines de parents, grands-parents, je pense que nous avons reçu environ deux cents personnes qui sont venues visionner ce fichier, qu’ils ne pouvaient pas voir ailleurs. Au total, alors que la Justice dit que les enfants présents sur le fichier sont des sosies, le travail des journalistes et des associations en identifient quarante-deux. » Rajoute t’il. Des parents qui aujourd’hui vivent chaque jour dans l’horreur d’avoir reconnu leur enfant disparu sur ce fichier. « J’ai reconnu mon enfant sur le fichier, je sais que c’est lui. La justice nous a abandonné. A croire qu’il protégé ces réseaux. » Témoigne le père d’un enfant disparu en 1989. La Juge Danielle Ringot n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire Zandvoort et continue de nier l’existence des réseaux  » Les réseaux sont un fantasmes, la Justice Française l’a démontré. Je ne dirais rien de plus ». L’affaire embarrasse encore aujourd’hui. « La seule activité de la Justice française dans cette affaire a été celle d’essayer de minimiser, voire d’enterrer l’affaire… et le pire, c’est qu’ils ont réussi » conclut Serge Garde, amer.

Interview de Serge Garde

Comment pouvez-vous être sur de l’existence des réseaux pédocriminels ?

Lorsque j’ai eu entre les mains le CD-Rom et le fichier, j’ai également pu disposer de 200-250 feuilles, des photocopies des agendas, des carnets d’adresses de Gerrit Ulrich et de certaines personnes qui gravitaient dans la même sphère. Sur le carnet d’adresses d’Ulrich, on relève des contacts en Hollande, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède, aux USA, en Bulgarie, en Pologne en Lettonie et en France. Il y a aussi des références bancaires: l’Europabank for reconstruction and Development, la Banque nationale d’Ukraine, mais aussi, le Crédit agricole et le Crédit Lyonnais…

Pour quelle raison la justice éprouve des difficultés à admettre l’existence des réseaux pédocriminels?

Je reste convaincu que la pédocriminalité est niée parce qu’elle est invisible. La justice française est habituée à traiter d’abord la criminalité visible, celle qui crée un trouble à l’ordre public. Dans le cas de viols d’enfants, c’est invisible, et le scandale ne va apparaître que lorsqu’il y a le dépôt de la plainte, et que le juge va faire son travail. La tendance générale de la Justice en France c’est de minimiser ce qui n’est pas visible. C’est valable pour les viols d’enfants, comme pour la délinquance économique. Prenons un autre exemple, dans l’Yonne, l’affaire du pavillon d’Appoigny dans les années 1980. Dans ce village, un individu, Claude Dunand, avait ouvert, avec sa femme, un véritable bordel spécialisé dans le sadomaso très hard. Moyennant un tarif affiché dans la cave, on pouvait torturer des jeunes filles -qui avaient été kidnappées, et qui appartenaient à la DDASS. Elles étaient sous le même contrôle social – théorique – que les disparues de l’Yonne. Les « clients » pouvaient écraser une cigarette allumée sur un sein pour 600 francs, ou apposer une croix gammée au fer rouge – il y avait une idéologie nazie dans ces activités – sur la peau d’une jeune fille pour beaucoup plus cher. Il est clair, quand on voit l’addition que cela pouvait représenter, qu’il y avait beaucoup de notables parmi les clients. Les voisins n’arrêtaient pas de voir arriver de grosses cylindrées qui venaient s’arrêter devant le pavillon. Et le tenancier tortionnaire avait un carnet, dans lequel il notait les noms de ses clients. Comme si c’était une activité industrielle ou commerciale. Claude Dunand a été arrêté parce qu’une jeune fille a réussi à s’échapper et qu’elle a pu prévenir les gendarmes. Deux prisonnières ont été sauvées à ce moment-là, mais on ne sait pas depuis combien d’années ça durait et combien de jeunes filles sont passées entre les mains de ces tortionnaires et ce qu’elles sont devenues. Pendant l’enquête, le carnet d’adresses a disparu. Le plus beau, c’est qu’il s’est volatilisé dans le bureau du juge d’instruction. Et donc, lorsque Claude Duand a été jugé, il n’y avait pas de clients dans le box des accusés. Une affaire de proxénétisme sans clients. Il a été condamné à perpétuité en 1991, et il a été remis en liberté dès l’an 2000. Certains pourront dire que le carnet avec tous les clients n’a pas été perdu pour tout le monde.

Retrouve-t-on souvent des personnalités influentes, des notables, à l’intérieur de ces réseaux?

Je pense à ce qu’a dit le juge Connerotte qui était en charge du dossier Dutroux, au moment où il a été dessaisi: « On a touché au jouet des riches ». Il s’agit là d’un tabou, et donc ça coûte cher. Ce magistrat travaillait à la recherche d’un réseau, il a été dessaisi, et l’on a réécrit l’affaire Dutroux. Officiellement, c’est l’affaire d’un pervers isolé. Moi, j’essaie d’en rester aux faits. Je pense que la pédocriminalité, la pédosexualité est sans doute l’une des dernières pratiques sexuelles qui permettent de « tenir » ceux qui se font piéger ou qui s’y adonnent. La pédosexualité est sans doute l’un des derniers domaines où l’on peut être l’objet de chantage. Je crois qu’il y a en France une longue tradition dans ce domaine. Je repense aux activités du SAC, un organisme para-policier, où l’on retrouvait des flics, des truands, tous avec la même carte tricolore. Le SAC avait certaines activités financières, et notamment il avait dans son giron une société dirigée par un certain Charlie Lascorz dont le travail consistait à organiser des parties fines, à inviter des personnalités et à les piéger en les filmant, en les photographiant. Ensuite les gens se trouvaient confrontés à des chantages, qui n’étaient pas seulement financiers, mais qui pouvaient s’apparenter à un trafic d’influence.

Vous avez déjà été menacé?

Oui. Des menaces de mort. J’interprète ça comme des pressions, des tentatives de vouloir m’empêcher de faire mon travail, on veut me faire peur, me déstabiliser. Je pars du principe que si un jour on voulait m’abattre, on ne me préviendrait pas à l’avance. Je travaille en réseau avec d’autres journalistes. C’est ça la meilleure protection.

 

 

Le 21 avril 1999, Jacques Chirac, par l’intermédiaire de son conseiller technique Jean-Claude Antonetti répond à Jan Boeykens, de l’ONG Morkhoven, affirmant qu’il a bien transmis le dossier Zandvoort à la Garde des Sceaux, Madame Guigou.



About the author







Wanna say something?